Dans l’après-midi, la caravane s’est rendue sur le site de la forêt sacrée de Godjin-Godjè, d’une superficie de 53 hectares. Selon les gestionnaires et les autorités locales, cette forêt d’une superficie de 94Ha en 1620, dispose encore de quelques reliques natives grâce à sa sacralisation par les divinités Godjin, Gbagbo et Tchawè. Aujourd’hui avec les efforts de restauration et de la sacralisation, la superficie de cette forêt est de 53Ha et reste protégée. Cette dimension culturelle, qui associe conservation spirituelle et interdits traditionnels, a permis le maintien d’importantes reliques forestières malgré l’urbanisation, la pression agricole et l’exploitation du bois.
Les observations réalisées sur place confirment l’existence d’un patrimoine floristique exceptionnel, comprenant plus de huit cents (800) espèces, dont le Ceiba pentandra, le Triplochiton scleroxylon, Adansonia digitata et le Parkia biglobosa. Des individus de gros diamètres attestent d’une bonne maturité écologique. Environ douze hectares de périmètres reboisés illustrent les efforts récents de restauration, réalisés avec la participation active des groupements de femmes et l’accompagnement de l’ONG Agbo Zégué.
La communauté locale ne se limite pas à la préservation culturelle : elle s’implique dans des activités de développement économique et social. La plateforme multifonctionnelle, alimentée par un champ solaire, comprend des moulins et des dispositifs de recharge électrique. Bien qu’elle génère des revenus substantiels et qu’elle ait permis à la coopérative féminine de financer des actions collectives comme le reboisement ou l’achat de matériel communautaire, certaines initiatives connaissent des difficultés, notamment l’échec du moulin de manioc, car les producteurs de manioc se trouvent trop éloignés pour l’exploiter efficacement. Malgré cela, l’engagement des femmes reste fort et leur implication est complétée par une coopération harmonieuse avec les hommes, traduite par une auto-prise en charge progressive et un financement autonome de projets locaux.
L’écotourisme, quant à lui, est encore embryonnaire. La mise en avant des divinités locales constitue un atout certain, et des circuits touristiques commencent à être tracés à l’intérieur de la forêt. Néanmoins, l’absence d’infrastructures adaptées limite pour l’instant le potentiel d’accueil et de valorisation.